L’édito de rentrée de notre dynamique citoyenne, qui propose une parabole du pari de Blaise Pascal pour jeter les base d’un récit ou la dimension locale devient le pari gagnant |
| Et si nous commencions l’année avec philosophie ? Connaissez-vous le pari de Blaise Pascal ? Ce mathématicien et philosophe du XVIIe siècle proposait un raisonnement simple face à l’incertitude de l’existence divine : puisqu’on ne peut la prouver de manière indéniable, autant parier qu’elle existe. Si on se trompe, on ne perd rien d’essentiel : on aura juste mené une vie vertueuse en laissant de côté le vice, l’avarice et tous les péchés qui nuisent à soi-même et aux autres, au profit d’une vie bonne faite d’empathie, d’entraide, de charité et d’attention pour l’autre. Si on a raison, on gagne sur tous les tableaux : une vie vertueuse et éclairée par la joie de vivre et l’attention à l’autre, avec en plus le salut éternel et le bonheur infini. Un calcul très pragmatique, presque comptable, où l’enjeu du pari « perdant » est dérisoire face au gain potentiel. Le pari du local En cette nouvelle année 2026, pourquoi ne pas faire un pari similaire ? Parions sur la vitalité de nos territoires, sur une dynamique sociale et économique locale. Si nous misons sur les circuits courts, l’entraide de proximité, la préservation de nos bocages, la valorisation de nos savoir-faire, la capacité de nos milieux de vie à nourrir autant le corps que l’esprit : que risquons-nous ? Si nous nous trompons: si finalement le système globalisé reste stable, si les crises ne viennent pas; qu’avons-nous perdu ? Rien ou presque. Nous aurons juste vécu mieux, mangé mieux, respiré mieux, bu une eau de meilleure qualité, partagé davantage. Nous aurons tissé des amitiés, appris des gestes utiles, pris soin de notre environnement immédiat. Nous aurons gagné en qualité de vie, en santé, en sens, en avenir. Si nous avons raison: si les crises annoncées se confirment : climatique, énergétique, sociale, géopolitique; nous avons tout à y gagner: une vie riche de liens et de sens, une résilience alimentaire, une autonomie qui nous préserve en partie des conséquences globales, un territoire vivant qui nous nourrit. Nous aurons les outils, les réseaux, les savoir-faire pour traverser les tempêtes. Le pari inverse Imaginons maintenant le pari de la croissance infinie sur une planète finie, celui où la technique et les sciences permettront de tout résoudre : pollution de l’air, de l’eau, des sols, destruction du vivant, énergie infinie et bon marché, équilibre social et relations internationales pacifiques. Un pari où nous pouvons continuer à extraire, produire, consommer, émettre sans limite. Si ce pari s’avère gagnant dans ce rythme effréné, jusqu’à quand peut-il l’être ? Nous rend-il vraiment plus heureux, plus insouciants, plus apaisés ? Et qu’aurons-nous gagné pour les générations à venir ? Si ce pari échoue: et de plus en plus de signaux nous le montrent : dérèglements climatiques, effondrement de la biodiversité, épuisement des ressources, tensions internationales croissantes, nous perdons tout. Nos enfants perdent tout : des océans vivants, des forêts qui respirent, un climat stable, des sols fertiles, des espèces qui ne reviendront jamais, un monde sûr et en paix. Il suffit de regarder autour de nous : haies arrachées, bocages disparus, déséquilibre de la faune et de la flore, canicules qui s’installent, sécheresses qui s’intensifient, pollution généralisée de l’eau, des sols et de l’air. Tous les signaux montrent que ce pari-là est en train d’être perdu. L’évidence du choix Face à cela, le pari du local est déjà une manière d’agir, de contrer et d’atténuer au quotidien les effets délétères de ce pari risqué. Si ce choix s’avère excessif, nous aurons juste vécu dans un monde avec plus de haies, plus de bocages, plus d’espèces vivantes, moins de pollution, plus d’air et d’eau purs, plus de liens humains. Si ce choix s’avère nécessaire, nous sauvons l’essentiel : un territoire vivant et résilient, un esprit de solidarité, des liens solides pour ceux qui viennent après nous. Des réalités vécues, des gains tangibles, mesurables en sourires, en légumes frais, en sentiers partagés. 2026 : l’année du choix local Cette année est aussi celle du moment de démocratie locale le plus important : nous choisissons celles et ceux qui décideront de l’avenir de notre territoire. C’est l’occasion de donner du sens à nos citoyennetés individuelles en exprimant à travers ce scrutin ce dont nous rêvons pour nos communes et notre territoire de Bretagne Romantique. Le local n’est pas un repli. C’est une ouverture sur le réel, sur ce que nous pouvons vraiment transformer. C’est le terrain où la démocratie retrouve son sens : celui de décider ensemble de notre façon de vivre. Assumer sa ruralité aujourd’hui, c’est s’assurer qu’elle développe des dynamiques qui réencastrent ses activités économiques, écologiques et sociales dans leur territoire, au service prioritaire d’un mieux vivre de ses habitants. L’heure a peut-être sonné d’être attentif à ces dynamiques plutôt qu’à cette vision dominante globale qui entre en contradiction totale avec les intérêts d’une qualité de vie locale, tant environnementale que sociale. Alors, on parie ? Pas besoin de grands bouleversements. Juste des gestes simples : acheter à un producteur du coin, participer à un atelier, emprunter un sentier de randonnée, rejoindre une initiative citoyenne, collaborer, aider, se tendre la main. Si Pascal avait raison sur une chose, c’est que face à l’incertitude, le plus rationnel est de choisir ce qui nous fait gagner dans tous les cas. Bonne année 2026. L’année où nous parions sur nous-mêmes, sur nos voisins, sur notre territoire. L’année où, de notre côté, nous transformons notre dynamique de citoyens bénévoles à travers BVBR en une dynamique de citoyens entrepreneurs à travers la coopérative des Serres, dans laquelle chaque habitant, structure associative, entreprise du territoire peut devenir coopérateur et participer ainsi à notre projet. Corto Fajal Co-président de BVBR |


